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La violence, ni pour, ni contre bien au contraire… Et pourtant.

jeudi 6 novembre 2014

« Là où le choix existe seulement entre la lâcheté et la violence, il faut se décider pour la solution violente. Mais je n’en crois pas moins que la non-violence est infiniment supérieure à la violence. »
Ghandi

La Violence, un bien grand mot, un bien grand maux. (de biens qrands maux)
Il ne sera pas ici question d’un éloge à la non-violence.
Il ne sera pas question ici d’un éloge à la violence non plus.
Il ne sera pas question ici de condamnation, car si celle-ci doit intervenir, ce ne peut être qu’en dernier et ultime recours.
Il ne sera pas question ici de démagogie, laissons cela à la sphère des technocrates et au politiquement correct.
Non. Il ne sera ici qu’un questionnement sur la violence, ou plutôt sur les violences, car à l’image de la mosaïque que représente les divers opposants au projet de barrage de Sivens, la Violence porte divers visages, certains légaux, d’autre plus ou moins légitimes. Et à travers cela, il sera question de nos forces.

Comment ne pas comprendre les désirs d’apaisement d’une famille violemment frappée par le deuil ?
Comment ne pas comprendre vouloir s’appuyer sur l’Amour de ce Monde, plutôt que sur la Haine envers certains abrutis qui s’en prétendent dépositaires ?
Comment ne pas comprendre préférer la Justice porteuse de paix, plutôt que la Vengeance porteuse de guerres ?
Comment ne pas comprendre préférer user d’intelligence plutôt que de plonger dans la barbarie ?
Comment ne pas comprendre refuser de s’aligner et répondre à la violence par la violence, pour tenter de construire autre chose, autrement ?

Pour autant,
Comment ne pas comprendre la fulgurance de la Révolte face à la mort d’un jeune homme de 21 ans ?
Comment ne pas comprendre l’exaspération des opposants au projet du barrage face à la détermination de ces défenseurs et de l’arsenal législatif déployé pour les faire taire ou faire tare ?
Comment ne pas comprendre le dégout dégoût, le mépris même envers des politiciens dont la cohérence dépends dépend des outils et des timings d’une communication calculée et opportuniste ?
Comment s’étonner que la violence soit le dernier moyen de communication envisagé face au silence et à la mauvaise fois foi d’une absurdité oppressante, destructrice, s’appuyant sur une condescendance du haut d’une autorité qui bien que légale, n’a plus rien de légitime ?

Pour certains, affronter la violence par la non violence réclame du courage.
Pour d’autres, affronter la violence par la violence réclame du courage.
Certains sont taillés pour une voie, d’autres pour la seconde.
Pour autant, devons nous nous engouffrer dans une seule option ? Faut-il nous réduire à une seule opportunité, quitte à s’engouffrer dans un cul de sac au bout duquel nous sommes attendus ?

Et franchement, comment imaginer une seule seconde que l’Ordre en place annoncerait sa démission en laissant se rassembler une manifestation non autorisée, sans déploiement des forces de police, un samedi après-midi, en plein centre de la quatrième plus grande ville du pays ?
Comment imaginer une seule seconde qu’un cortège ouvert par les plus radicaux et les plus partisans de la confrontation avec les forces de l’ordre, puisse se dérouler dans le calme et la paix ?
Comment imaginer une seule seconde que l’ensemble des personnes présentes place du Capitole ce samedi 1e Novembre étaient toutes là pour se braver avec les forces de l’ordre et étaient en accords accord et prêts à une confrontation frontale, radicale et violente face aux bataillons de gendarmerie mobiles et aux CRS ?
Comment imaginer une seule seconde qu’en lançant des projectiles sur les forces de l’ordre au premier blocage, on puisse s’attendre à se qu’ils répondent avec des jets de coquelicots ?

Si certains pensent que la non-violence et la construction de l’avenir soit une des solutions. Très bien.
S’ils s’en sentent la force, s’ils s’en donnent les moyens, s’ils en sont prêts. Parfait.
Mais dans cette optique, il ne faut pas suivre sans réfléchir, il faut se garder de réagir sans penser et se mettre en danger en suivant ceux qui optent pour une des autres solutions.

Si certains pensent que s’attaquer au bras armé de l’ordre établi soit une des solutions, très bien.
S’ils s’en sentent la force, s’ils s’en donnent les moyens, s’ils en sont prêts, parfait.
Mais dans cette optique, il ne faut pas oublier, omettre, et mettre délibérément en danger ceux qui optent pour une des autres solutions.

Les nôtres, les autres ne peuvent pas servir de bouclier humain. On ne prend pas des petits, des anciens, des personnes quelle qu’elles soient à partie dans un conflit délibérément entamé sans leurs consentement et sans s’être assurer assuré de leur protection.
Quand on part au combat, on fait preuve de solidarité et de bienveillance pour les Nôtres.
Sinon, ça ne sert à rien, à personne, si ce n’est à ceux qui n’attendent qu’une chose, nous voir diviser divisés….

Cela n’étonne personne que le gouvernement, à travers les déclarations de la Ministre de l’Ecologie, valide la radicalisation par la violence, en annonçant qu’en considération des derniers événements, le projet du barrage ne pouvait continuer ?
Cela n’étonne personne que le Gouvernement, par cette validation cautionne ce qui justement peut nous diviser ?
Cela n’étonne personne que la question de fond que relève le projet de Sivens, à savoir un refus d’un système unilatéralisé qui favorise toujours les mêmes, au détriment de la démocratie, au détriment de ce bien commun universel qu’est la Nature passe soudain au second, au troisième, que dis-je tellement loin dans le débat, qu’on arriverait presque à se demander pourquoi la manifestation de samedi, pourquoi autant de démonstration de violence ?
Cela n’étonne personne que le fait qu’une réelle conscience politique fondée sur une écologie et l’invention d’un nouveau modèle de société remplaçant la démocratie représentative moribonde et vérolée, s’efface derrière des images de pseudo guérillas urbaines inspirant la majorité de la population à avoir peur, et à se raccrocher à ce qui les rassurent, à ce qu’ils connaissent : l’Ordre.

Si notre horizon est le même, n’hésitons pas à prendre tous les chemins.
Que la création de demain puisse se réaliser en même temps que la désintégration du modèle actuel.
Que ceux qui favorisent la non violence ne délégitime pas ceux qui en font leur arme, et vis et versa.
Notre diversité est une force. Mener le Combat sur divers fronts en même temps, dépasser l’adversaire par la mobilité et la diversité de notre arsenal intellectuel et matériel, inventif et créatif.

Que le polymorphe devienne notre visage.
Ne nous divisons pas…. Multiplions nous !!!


« C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion (…) Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine (…) En attendant, à vous autres, mes amis de l’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui : Je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »
Extrait d’une lettre de Julos Beaucarne au lendemain de l’assassinat de sa femme en 1975