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Violence

jeudi 6 novembre 2014

J’entends que notre premier ministre aurait affirmé deux choses à la suite des manifestations du samedi 1er novembre (sources : les infos sur Fip, je n’écoute pas les discours de nos dirigeants, ils me tombent, par bribes, sur le coin de la gueule) : 1/ ne pas confondre « casseurs » et « écolos », 2/ que le gouvernement ne cédera pas à la violence. Voilà ce que j’entends, hors propos et à travers les médias ; et je ris. Le rire est chez moi un substitut à pas mal de réactions. Entre ces deux phrases, j’ai entendu un autre discours. Je vous fais part ici de ma rêverie par laquelle je tricote dans les vides.

Lorsque M. Valls dit de ne pas confondre casseurs et opposants écologistes au barrage, j’y vois une position absolument sourde à l’expression de la colère de l’individu opprimé jours après jours par un système global qui ne détruit pas que les écosystèmes. Les attaques visent tous les symboles du pouvoir. Alors effectivement, on pourrait croire qu’il ne s’agit absolument pas d’un acte en cohérence avec les revendications écologistes, comme si les écolos, bien rangés derrière leur étiquette, n’avaient pour intérêt que l’arrêt des travaux du barrage. Et là on manque le fond. Les banques sont aussi des bulldozers. Les hommes sont des arbres. C’est la vie qui ne cesse d’être contrôlée, surveillée, gérée, mise à contribution, rentabilisée, violée… Les hommes autant que les arbres, et le reste.

On peut distinguer au moins deux manières d’être violent, même si elles coexistent la plupart du temps. Il y a la violence calculée, froide, stratégique, visant un objectif qui la dépasse, et la violence comme expression d’un affect, qui a sa fin en elle-même. Il y a l’usage calculé de la violence, et l’expression violente d’un sentiment. La répression est calculée, la « bavure » pas toujours, puisqu’elle « bave » hors de la grille stratégique (on oublie trop souvent que les flics sont aussi des être humains). Une organisation armée use aussi d’une violence calculée dans le but de gagner un rapport de force. Mais s’il y a calcul chez les casseurs, laisser moi espérer qu’il n’intervient que pour choisir le « bon » moment de hurler sa rage. J’aimerai savoir s’il existe des casseurs de vitrines qui pensent franchement produire d’autres effets que la répression chez les uns et la peur chez les autres.

Je vois là que M. le ministre occulte consciencieusement le sens de la manifestation, et de certains actes violents comme expression de la colère devant un monde aux mains des capitalistes intensifs qui usent les arbres et les gens pour s’alourdir les poches. Alors laissez moi rire d’entendre la seconde phrase « Nous ne céderons pas à la violence » comme si jeter une pierre à la police ou écrire sur une banque qu’on vient de défoncer « tiens tes aggios ! » avait pour objectif un réel rapport de force armé ! Bin oui, les « casseurs » voulaient taper du poing sur la table pour faire céder le gouvernement. C’est dingue ce qu’on peut être pris pour des abrutis.

Lorsqu’un démagogue, pardon, un politicien parle, je me demande toujours ce qu’il veut obtenir comme effet. Tout d’abord il faut qu’il dise quelque chose que certains attendent. Comme on nous a éduqué à avoir peur de la violence, et qu’on nous éduque aujourd’hui à craindre plus que tout les radicaux et les terroristes, c’était certain qu’il « fallait » distinguer casseurs et écolos, et surtout distinguer les violences de leur connerie (le barrage, et le monde qui va avec) qui pourtant les provoque. Et puis comme la plupart des partisans du pacifisme et de la désobéissance civile regrettent amèrement que certains « cassent » pensant que cela va être utilisé contre eux (quand ça ne rebondit pas tout simplement sur eux, et peut même les tuer…), M. le ministre profite de la division pour s’enorgueillir et diviser un peu plus.

Rire ?